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Daniel Cordier, fou d'art !

Fabrice Maze - 118'

VF / STA / STE

Daniel Cordier (1920-2020), osa accueillir dans sa galerie la 8ème Exposition inteRnatiOnale du Surréalisme en 1959-1960. Cette exposition est à l'image de son parcours atypique, courageux, enthousiaste et passionné. Il a en effet connu plusieurs vies successives, celle d'une enfance difficile et solitaire, celle du jeune militant maurassien et monarchiste, celle du résistant aux côtés de Jean Moulin qui l'a initié à l'art, celle de l'homme de gauche républicain, celle du collectionneur compulsif, marchand de tableaux international et généreux donateur, enfin celle de l'historien qui ne transige pas avec la vérité. Daniel Cordier, grand passant du XXème siècle, au regard toujours émerveillé, à l'affût de nouvelles découvertes, est un exemple pour les futures générations, car à ses yeux, le seul engagement qui honore un homme est celui de la liberté.

Cordier... En 3 dates

17 juin 1940

Le Maréchal Pétain annonce à la radio l’armistice.
Daniel Cordier, à cette époque maurrassien, militant à l’Action Française, s’indigne. Cette trahison le motive à rejoindre l’armée française en Afrique puis le Général de Gaulle en Angleterre. Là bas, ses rencontres avec Stéphane Hessel et Raymond Aron ébranlent sa vision du monde : “Avec ses hommes, tous plus âgés que moi, je découvris avec stupeur que la République était devenue mon combat.”

Il postule aux missions en France en 1941 et y sera parachuté en 1942, où il deviendra secrétaire de Jean Moulin.

 

15 décembre 1959 - 29 février 1960

Exposition “EROS”, ou “Exposition inteRnatiOnale du Surréalisme”.
Daniel Cordier a ouvert sa première galerie trois ans plus tôt, après s’être pris d’amour pour l’achat et la découverte d'œuvres d’art. C’est Jean Moulin qui l’introduit à la passion de l’art : après la guerre, Cordier se détourne de la politique et s’y consacre entièrement. 

Pour cette exposition légendaire, il donne carte blanche à André Breton et Marcel Duchamp. 78 artistes, 18 pays différents, une scénographie consacrée à l’érotisme. 

Daniel Cordier raconte sa rencontre avec André Breton : 

“Je lui ai dit : Cela m’intéresserait de faire une exposition surréaliste pour montrer ce que cela a été ! Là, vous savez, il y a des mots que l’on prononce, il faudrait mieux se tuer à la place, et il m’a dit : Comment ça, ce que ça été ? Mais ce n’est pas du passé, c’est le seul avenir de l’Art !  Bon là, je me suis dit, le prochain coup, c’est la porte !”

1977

Daniel Cordier renoue avec son passé de résistant en participant à un débat sur Antenne 2, “Les Dossiers de l’Ecran”, avec des chefs de la Résistance parmi lesquels Henri Fresnay. Cela fait alors près de trente ans qu’il n’a pas parlé de la guerre. 

Les calomnies qu’il estime entendre sur Jean Moulin, accusé de “crypto-communisme” (soit d’avoir été un agent du Parti Communiste, alors aligné avec l’URSS de Staline), le motivent à consacré trente ans de sa vie à défendre l’homme qui lui avait accordé sa confiance “alors que je n’étais rien”. 

Entre 1989 et 1993 sont publiés trois tomes de ses recherches. Il refuse alors de se fier à ses souvenirs ou au témoignage oral et basera sa réflexion sur des documents écrits.

Daniel Cordier... En 3 artistes exposés

Henri Michaux

“Ce qui m’a attiré chez Michaux, c’est un mystère qui, par moment, laisse passer quelque chose qui montre quelle est la réalité. Et ses œuvres d’art, c’est ça. C’est du dessin qui est en train de se former. Mais au moment de se former, il disparaît. Et ça laisse un mystère.”

Il achète pour la première fois un dessin d’Henri Michaux en 1946. En 1959, il organise sa première exposition de l’artiste. Pourtant, à leur première rencontre, il avait malencontreusement échoué à le convaincre de son intérêt.

“C’est drôle parce que cette ambiguïté dans nos rapports et ce faux pas du départ a donné naissance certainement à une amitié, et une des amitiés la plus profonde et ça a été une amitié jusqu’à sa mort.”

Roberto Matta

“Il n’y a pas de dessin sans intérêt de Matta, parce qu’il se renouvelait toujours. Les dessins, il faisait ça en dix minutes, un quart d’heure, ça l’amusait. Il prenait des rouleaux de couleurs qu’il frottait sur le papier. C’était une espèce de bataille entre le papier blanc, le vide, et lui.”

Daniel Cordier voit ses premiers tableaux au début des années 40, chez Matisse. Il s'enamoure de sa peinture européenne (autours des années 50, après son exclusion du groupe surréaliste), qu’il désigne comme une “peinture de l’au-delà.”

“Matta, j’ai réussi à l’avoir, mais ça a été très très difficile. Il a fallu trois ou quatre ans pour qu’il devienne un des peintres de la galerie.”

Bernard Réquichot

“Bernard Réquichot, c’est un des seuls que j’ai connus d’abord en tant qu’être humain, parce qu’il était à l’Académie de la Grande Chaumière pour entrer à l’Ecole des Beaux Arts. Chaque fois que j’allais m’assoir à ma table, je voyais ce que lui faisait, j’avais qu’à remballer mon truc et tout brûler, détruire. Oui, c’était tout à fait remarquable !”

Après la guerre, Daniel Cordier s’est fait peintre pendant huit ans. Il a tout détruit. Il défend Bernard Réquichot toute sa vie.

“Je trouve encore aujourd’hui que chaque œuvre a une originalité qui la différencie du précédent. Que ce soient de toutes petites œuvres comme cela avec deux ou trois taches de peinture mêlées, que ce soient les dessins en noir et blanc, que ce soient les Reliquaires, il a fait, quatre très grands Reliquaires qui sont pour moi des chefs-d’œuvre extraordinaires.”

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